Chez l'vieux

Chez l'vieux -

Parce que c’est intolérable !

Manuel-VALLSCela fait quand même pas mal de notes que je ne parle plus de la vie politique de ce pays. Il est donc difficile  de me ranger dans une catégorie. Pour ou contre le gouvernement, la question ne se pose même pas pour moi au travers de ce qui va suivre. A cet instant, seul prime l’humain et la colère qui monte. Ce n’est donc pas de la politique, mais tout simplement d’humanisme ou d’humanité avec un grand H dont il est question dans ce billet.

Je vous invite donc à prendre acte de communiqué que je viens de recevoir :

CIRCULAIRE OU PAS CIRCULAIRE LES EXPULSIONS CONTINUENT
Trois situations inacceptables. Elles se seraient produites sous Sarkozy, on aurait dit intolérable. Ça le reste aujourd’hui, le sentiment d’être floué en prime !
S’il devait l’être, Aymane serait le premier lycéen expulsé depuis plus d’un an. Manuel Valls aurait-il l’intention de faire pire que Guéant ?
Ahmed est plombier, en France depuis l’âge de 15 ans, régularisable au titre de la circulaire Valls.
Arthur et Karen, lycéens de Tours ont à l’évidence besoin de leur père, Vilik BAYADYAN. Le démembrement des familles est aussi odieux aujourd’hui qu’il l’était hier.
Et aujourd’hui comme hier, il faut faire savoir qu’on n’accepte pas de voir des existences gâchées, de tout jeunes gens arrachés à leur vie, privés d’avenir, des familles démembrées.

Prenons les cas un par un :

Aymane EL OUARDI, élève en terminale CAP « proelec » au lycée Goudou Leseurre (La Varenne Saint Hilaire, 94), qui a eu 18 ans en mai dernier, est enfermé depuis le 4 décembre au centre de rétention de Vincennes et risque d’être expulsé vers le Maroc. Il a fui les violences familiales et a rejoint la France à 15 ans. Recueilli d’abord par l’Aide Sociale à l’Enfance, il a été confié à son oncle français, frère de sa mère, et pris en charge par lui. Il vit près de sa famille du côté maternel, grands-parents, oncles et tantes, tous Français.
Depuis ses 18 ans, il essaye de régulariser sa situation, mais la procédure de rendez-vous à la Préfecture par internet, aujourd’hui abandonnée, l’en a empêché depuis plusieurs mois. La circulaire Valls du 28 novembre dernier permettrait sa régularisation, mais son arrestation le 4 décembre l’empêche de déposer son dossier. Pire : il peut être expulsé vers le Maroc d’un moment à l’autre !
Nous, enseignants, lycéens, parents d’élèves et simples citoyens du Val-de-Marne et d’ailleurs, exigeons qu’Aymane soit libéré et qu’un titre de séjour « vie privée et familiale » lui soit rapidement attribué. Aymane doit pouvoir retrouver sa famille française, ses copains, ses études et le sourire. Jeunesse sans papiers, jeunesse volée !

Ahmed SOHAIL est Pakistanais, il est arrivé en France à 15 ans, il a 23 ans. Il est au CRA de Vincennes depuis le 21 novembre.
Pour le protéger, ses parents menacés de mort (ils auraient été assassinés depuis), l’ont confié à un passeur. A 15 ans, il n’a pas demandé à venir en France mais il s’est retrouvé un jour dans les rues de la capitale française, abandonné à son sort. Il est alors balloté de foyer en foyer. Il fugue à plusieurs reprises. Dans son errance, il rencontre un compatriote qui l’héberge pendant quelques mois puis le met à la rue.
En 2006, Ahmed est enfin pris en charge par l’ASE qui l’envoie dans une famille d’accueil en Normandie où il retrouve un peu de stabilité et peut enfin suivre une scolarité, en CAP Plomberie au lycée professionnel Notre Dame Chartres.
A sa majorité, il obtient fin 2008 un titre de séjour « étudiant » et bénéficie d’un contrat jeune majeur jusqu’à ses 21 ans.
21 ans, fin de la prise en charge de l’ASE. Ahmed trouve un employeur. Il se présente muni de son Cerfa à la préfecture de Seine-Saint-Denis pour demander le changement du statut « étudiant » au statut « salarié ». On lui délivre une Autorisation Provisoire de Séjour, renouvelée tous les 3 mois pendant un an. Face à la lenteur de l’administration, l’employeur s’impatiente et finit par licencier Ahmed. Informée, la préfecture ne traîne pas cette fois : Obligation de quitter le territoire qui est envoyée à son ancienne adresse alors que la préfecture avait été informée de son déménagement. Résultat les délais sont dépassés, impossible de faire un recours.
8 ans en France, le tiers de sa vie, pris en charge par l’ASE, qualifié professionnellement, privé de travail du fait des lenteurs de l’administration, Ahmed n’a rien à faire en rétention. Il doit être libéré et régularisé. Vite.

Vilik BAYADYAN est arrivé en France avec son épouse et ses deux enfants Arthur et Karen en septembre 2008, après avoir vécu 10 ans en Russie pour tenter d’échapper aux discriminations et persécutions qui frappent les couples « mixtes » arméniens / azéris.
Déboutés de leur demande d’asile, les parents et Arthur, l’ainé, sont sous le coup d’Obligations de quitter le Territoire Français depuis février 2012. Par contre, le fils cadet, Karen, 18 ans et demi, est demandeur d’asile et ne peut pas être expulsé…
Monsieur BAYADYAN a été arrêté au cours d’un contrôle routier vendredi 7 décembre à Cholet. Il est actuellement retenu au Centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot.
Il est inconcevable que les deux fils de M. BAYADYAN, tous les deux lycéens en classe de 1ère au Lycée Albert Bayet de Tours, vivent avec la menace constante d’un démembrement de leur famille… d’autant que, dans quelques mois, elle satisfera aux critères de régularisation de la circulaire du 28 novembre (5 ans de présence des parents, 3 ans de scolarisation des enfants).

Parce que je refuse de me taire, que ça fasse plaisir ou pas !

 

Catégorie : Avis
Mot-Clé :
  • Humafred a dit :

    Chez ces gens-là Monsieur, on n’a plus la culture de l’humanisme, mais uniquement celle des chiffres de reconduite à la frontière. La fraternité humaine n’étant pas quantifiable, que peut-elle peser face au ministre de l’extérieur?

  • Apolline a dit :

    Chaque situation humaine nous émeut.
    Dans les 2 premiers cas, on parle d’un dysfonctionnement administratif : si la preuve peut en être rapportée, les deux loulous ont une chance.
    Dans le 3ème cas,il y a 1 refus de la demande d’asile. Le drame est la faiblesse des moyens donnés à l’OFPRA depuis des années et la lenteur de l’examen des demandes, étant entendu que les administrations étrangères mettent aussi beaucoup de temps à répondre.
    Régulariser, c’est former un point d’appel aux demandes d’asile dilatoire.
    Je crois la demande d’asile du jeune majeur en fait dilatoire : si celle de ses parents a été rejetée, comment veux-tu que les motifs soient autres pour lui ?
    C’est vrai qu’ils vivent bien gentiment ici depuis des années … Mais voilà : dura lex, sed lex … C’est comme les gens à qui on refuse la CMUC, parce qu’ils gagnent 20€ de trop … Avec leurs 20€ par mois x 12 = 240€, est-ce qu’ils peuvent payer des frais de santé ?
    Le changement ne peut être du jour au lendemain : c’est un processus.
    Courage à eux et j’espère une attention bienveillante à leurs recours.

  • faucheux a dit :

    Sous Sarko , oui : INTOLERABLE !
    Sous Hollande : A VOMIR parce que l’alchimie démocratique n’est pas mise en oeuvre . Nos bulletins de vote qui auraient du être transmutés en action en or le sont en résidus de fausses d’aisance par un pouvoir qui n’a pas pris acte des désidératas des citoyens majoritaires .
    La culture socialiste , voir radicale de Gauche en d’autre temps était axée sur l’Homme
    Si Dura lex ,sed lex nous avons voté pour que les lois changent . Et que dire d’un état qui ne respecte pas ses propres lois , notamment concernant l’obligation de logement des demandeurs d’asile politique , le respect de ses propres procédures administratives dans lesquelles on peut intégrer les délais d’instruction prohibitifs
    Le collectif des citoyens de Pacé a agit ; ce n’est pas une association ayant pignon sur rue , non . Simplement des citoyens exaspérés par la maltraitance faite à des voisins pas tout à fait comme eux . Ils se sont dressés et ont réussit aujourd’hui , malgré l’évacuation du squat de Pacé à retrouver l’ensemble des expulsés et à assurer un « droit de suite  » pour imposer aux autorités préfectorales le strict respect de la loi . Les enfants sont à nouveau scolarisés , les hébergements sont pérennes et le lien social est préservé . Que je sache , cette situation n’a généré aucun désordre républicain . La résistance civique est possible ; elle doit être de proximité , constituée par des collectifs n’ayant pas vocation à s’ériger en structure associative à long terme , mais à s’éteindre dès que leur « mission » est terminée .
    Il est nécessaire que les proches de toutes ces personnes sous la menace d’expulsion constituent leur collectif , Réseau éducation sans frontière ayant mâché le travail en communiquant sur son site les adresses mail des autorités concernées ; d’ailleurs ,Yann , pourquoi ne pas relayer ces informations dans ta citation ?
    Le collectif pacéen à un site et une adresse mail ; pourquoi ne pas le joindre pour que ceux qui seraient près à mouiller la chemise y trouvent les premières info sur la manière de procéder .
    « Indignez vous » comme l’écrivait Essel …
    mais est ce suffisant ?

Votre adresse email ne sera pas publiée. Champs requis marqués avec *

*